UPS Drone

A cette période, il est toujours utile de faire un bilan de l’année écoulée pour mieux se tourner vers 2014.

Avec notre rythme quotidien, souvent un événement chasse l’autre et il est facile de perdre la vision globale du secteur.

On se dit finalement cette année était un peu comme la précédente, le transport connait quelques soubresauts mais pas de grands changements, les colis et palettes sont toujours livrés malgré des retards et des réclamations…  il y a toujours autant de camions sur la francilienne ou l’autoroute A1 et le livreur en bas de chez moi bloque régulièrement la rue pour alimenter mon commerçant qui sert de point de retrait colis pour les habitants de mon quartier…  Si vous percevez 2013 uniquement sous cet angle alors un petit retour en arrière n’est peut être pas totalement inutile :)

Transport : un secteur en profonde mutation.

Le contexte général du fret reste globalement très bas avec un niveau de fret routier qui reste inférieur d’environ 25% par rapport à début 2008 et un record de défaillances d’entreprises au 1er semestre 2013… Sans surprise,  la tendance générale de l’économie européenne affecte donc directement l’activité de la profession. Dans cette tourmente, on assiste à une poursuite de la dichotomie du marché :

1° D’un côté des grands groupes qui continuent d’élargir leur rayon d’action sur le plan géographique et/ou des prestations proposées afin de mieux mixer tous les modes de transport et la logistique et dans certains cas le particulier et les entreprises.

A titre d’exemple on peut citer UPS acteur historique du B to B en Europe qui se positionne à présent sur le colis B to C avec le déploiement européen en cours de l’offre de relais suite au rachat de Kiala ou le logisticien ID Logistics qui rachète France Paquets pour renforcer son offre e-commerce.

Simultanément certains grands généralistes historiques, basés sur des modèles « anciens », ne parviennent pas à adapter leur fonctionnement au nouveau contexte. Après la disparition du Sernam en 2012, c’est au tour du messager MORY DUCROS d’être en grande difficulté.  Le sort des 5.000 employés reste en suspens dans le cadre du redressement judiciaire en cours.

2° De l’autre des petits acteurs régionaux ou locaux qui souffrent terriblement sauf à être spécialisés sur une niche ou un secteur géographique délaissé par les grands acteurs faute de volumes suffisants. L’illustration de ces difficultés est rappelé avec les chiffres records du 1er semestre 2013, 1747 défaillances d’entreprises de transport (cessations d’activité, redressements judiciaires et liquidations) .

La livraison de colis est touchée par cette fragilité avec une multitude de petites structures qui interviennent en sous-traitance des grands groupes pour assurer le dernier kilomètre avec des flottes de véhicules légers.

Sur un plan plus large, le dossier de l’écotaxe aura animé la profession toute l’année avec ces reports successifs avant une exposition médiatique en fin d’année et la suspension qu’on a connu. Ce dossier a cristallisé les inquiétudes et parfois la détresse de la profession qui ne voit plus comment faire face au cabotage de transporteurs européens venus de l’Est, à la baisse du fret mais à la hausse du gazole ou des charges.

Colis :

Après avoir animé la profession pendant plusieurs mois, UPS renonce au rachat de TNT suite aux demandes de l’Europe pour éviter une position dominante. Cette méga fusion aurait changé en profondeur le marché. Le destin de TNT reste donc en suspens et  évoluera peut être à nouveau en 2014…

Dans la recherche d’une amélioration de la prestation de la livraison à domicile, CHRONOPOST cherche à conserver son rôle d’innovateur avec la solution Chronopost Interactive constitue un signe fort dans la prise en compte des contraintes de livraison des particuliers.  Sa prise de participation chez le transporteur urbain Colizen, acteur de la livraison sur créneau horaire défini, participe à la même logique B to C.

Points Relais :

Kiala a tourné une page avec le départ de son fondateur, Denis Payre, après avoir organisé la transition vers UPS.

Deux (Mondial Relay et Relais Colis) des quatre réseaux connaissent un changement d’actionnaires. Il est donc trop tôt pour voir l’éventuel impact sur l’Offre mais le marché reste actif avec le développement de Kiala et du réseau Pick-Up aux côtés de leurs puissants actionnaires respectifs que sont UPS et  La Poste.

Logistique : beaucoup reste à faire.

En début d’année, La Poste rachetait le e-logisticien Morin pour étoffer sa compétence en logistique e-commerce déjà renforcée l’année précédente avec le rachat d’Orium.

Le rachat récent de CEPL par ID Logistics confirme à son niveau une volonté de proposer aux marques une logistique capable de traiter des ventes en multicanal, qui aide les entreprises à intégrer le canal e-commerce, le grand challenge des années à venir pour de très nombreuses entreprises du commerce vêtements, équipements de la maison, bricolage, bien-être etc…

2014 : une année sans nouveauté ?

Pour ma part, je ne le crois pas car plusieurs facteurs coexistent :

Livraison :

– Plusieurs signes indiquent que la maturité voire la saturation du Drive est atteinte dans certaines régions de France. En raison d’une croissance probablement trop rapide (+ de 2.200 drives en France à Mai 2013 soit presque 25 Drives par département !). Cette hausse a même eu pour conséquence de voir apparaître des comparateurs de Drive.

Certains Drive ont même lancé des offres de livraison à domicile dans un périmètre de quelques km autour du point de vente.

L’enjeu reste tout de même de savoir comment un Drive pourra durablement supporter le coût de préparation de la commande qui, dans la grande distribution, a toujours été réalisée par le consommateur au point que même la mise en sac des produits à la caisse est réalisée par le client à la différence d’autres pays dans le monde.

– Le développement de la livraison sur RDV ou créneau horaire pourrait connaître une montée en puissance pour des produits à forte valeur financière ou « émotionnelle ». Un destinataire n’attend pas avec la même impatience un smartphone acheté plusieurs centaines d’euros et un t-shirt acheté en solde à moins de 20€. l’offre de Chronopost interactive va dans ce sens.

– La montée en puissance de logisticiens sur le segment du e-commerce va prendre de l’ampleur. Après les rachats des principaux spécialistes Orium, ADS et Morin, le temps semble venir pour la montée en puissance de logisticiens de grandes tailles qui doivent disposer d’une offre pour leurs clients historiques. En effet, ces logisticiens avaient pris la stratégie de ne pas se positionner au démarrage du e-commerce auprès des pures-players. Aujourd’hui la situation est différente puisque leurs clients historiques développent leur stratégie omnicanal : il est donc à prévoir l’apparition de pôle e-commerce chez des acteurs tels que Géodis  à l’instar de ID Logistics qui, depuis quelques mois, développe une stratégie e-commerce afin d’accompagner les marques dans ce grand changement.

– Sur le plan des magasins qui cherchent à faire revenir les clients dans les boutiques, il est probable que les consignes automatiques en boutique exemple Darty avec Relais colis ou Auchan avec Mondial Relay  vont se développer.

– Les grands pures-players vont chercher à poursuivre leur avantage face aux retailers historiques en réduisant encore la contrainte de l’achat à distance (je ne peux pas toucher, manipuler le produit) par une approche de la livraison innovante pour mieux servir le e-acheteur. La livraison en 1 heure proposée par e-Bay ou la livraison le jour même d’Amazon vont évidemment dans ce sens. La puissance acquise par Google, Amazon (14millions de visiteurs uniques par mois en moyenne en 2013 en France !) ou e-Bay dans le e-commerce et plus largement dans l’univers digital va les inciter à innover pour continuer à se démarquer des brick & mortar traditionnels.

On le voit les changements vont donc très certainement se poursuivre en 2014 :

– Pour les prestataires en logistique et en transport il s’agit d’évoluer rapidement pour s’adapter à ces nouveaux modes de consommation.

– Pour les e-commerçants,  il est impératif d’avancer vers des solutions de livraison plus riches en service pour contribuer fortement à la fidélisation d’un consommateur chaque jour plus zappeur.

 

 

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